Partager l'article ! Victor Hugo : La biographie de Jean-Marc Hovasse Tome I: Dernièrement , un ami m'offrit les deux volumes de la correspondance familiale de ...
Dernièrement , un ami m'offrit les deux volumes de la correspondance familiale de V Hugo parue chez R Laffont dans la
collection Bouquins.
Je me rappelais avoir vu, au printemps dernier, sur les gondoles des librairies , deux tomes d'une biographie toute récente, volumes très épais que j'avais feuilletés avec
envie, me promettant de les acheter dès que possible.
Le premier tome "Avant l'exil : 1802 1851 "a paru en 2002, le second "Pendant l'exil 1 : 1851-1864" en 2008 chez Fayard.
A première vue, l'épaisseur de chaque volume peut rebuter mais quand on aime, on ne compte pas, et je ne compte jamais quand il s'agit de lire.
Pour être honnête, ce qui m'a décidé tout à fait à lire cette biographie, c'est la lecture des volumes de la correspondance familiale. J'ai découvert un jeune garçon
pensionnaire quémandant quelque argent pour se vêtir auprès d'un père peu disposé à entendre raison., une situation familiale conflictuelle que les décisions de justice n'apaisaient
pas . Ensuite ce fut le jeune homme amoureux,le frère affligé , l'orphelin vivant de peu, bataillant pour vivre de sa plume, le jeune époux devenu père demandant à son
père secours pour la vie de son propre fils , Léopold. Les deuils ne manquaient pas de jalonner ses jeunes années, et j'éprouvais beaucoup de respect pour ce jeune homme qu'il était. Pas de
plainte, pas d'apitoiement encore moins d'atermoiement, non, ce jeune homme se battait pour vivre.
Il aimait, travaillait sans relâche, déménageait souvent. Quant au père qu'il devenait, il me touchait par la tendresse manifeste dans ses lettres.
Aussi, entamer le premier tome de la biographie fut plus aisé. J' étais imprégnée de "sa voix", je savais sous quel jour, il se montrait selon ses correspondants, j'
appréciais ses tournures pour dire son fait tout en ménageant les codes de la civilité. La vie bouillonnait.
C'est là le premier mérite de la biographie, la vie bouillonne et c'est bien le moins que l'on puisse exiger d'une biographie. Rendre vivant autant l'auteur que son époque. De fait, je me
suis retrouvée à Nancy avec le père puis en Vendée, avec la mère , en pleine tourmente révolutionnaire.
Les voilà mariés, en 97, parents, en 98. Victor a donc un frère ainé du dix huitième siècle, il s'appelera Abel, puis un deuxième, Eugène né en 1800 , enfin Victor naît à Besançon le 26
février 1802. C'est déjà un foyer sous haute tension que la vie militaire par ses éloignements ne ménage pas. L'enfant est trimbalé avec ses frères jusqu'à Marseille, de là, Victor a tout
juste neuf mois, la mère les laisse pour se rendre à Paris défendre la carrière de son mari. Ce sont plusieurs mois d'absence durant lesquels le père est seul avec ses fils . En mars
1803, ils sont à Bastia, la mère toujours sur Paris ,puis à l'ile d'Elbe où finalement , elle les rejoindra avant de retourner , seule avec ses fils, sur Paris. Autant de péripéties
pour la première année de vie, voilà qui augure de la suite.
Inutile de préciser, j'étais passionnée par la lecture de la biographie dès les premières pages. Dire que je n'ai pas lâché le premier tome, est un euphémisme. Extirper de ma bibliothèque
correspondances et mémoires citées à l'appui des chapîtres ajouta à mon plaisir. Le dix neuvième reprenait vie et l' évocation de ce Paris d'alors, champêtre plus qu'on ne le
sait , traversé de ce fleuve où l'on donnait des leçons de natation et où Victor et ses frères se rendaient a de quoi rendre nostalgique . Le vingtième a passé avec son lot de barbarisme
urbain et laideurs immobilières, de saccages écologiques. Le premier volume relate avec beaucoup de sérieux historique, le contexte social où grandissent les enfants Hugo,
on y découvre leur enfance tumultueuse , les voyages, les séparations jusqu'aux décisions juridiques liées à la séparation et à la garde des enfants, leur scolarité, Hugo en
maternelle avant trois ans, la vie dans la pension après qu'une décision ait séparé Eugène et Victor de leur mère et que leur père les tenait éloignés de son nouveau foyer. C'est tout
un pan de la situtation faites aux femmes , leur capacité juridique autant qu'économique qu'explicitent les stratégies maternelles. On voit se dessiner l'attachement à Adèle au fils
des ans que le courroux maternel interrompera , un temps. Puis , après le décès prématuré de la mère qui laisse la fratrie en grand désaroi et dont la gêne pécuniaire
ne ramène pas le père à de plus justes sentiments, c'est un Hugo amoureux qui se dévoile à nos yeux.
La carrière s'amorce avec ses exigences pécuniaires, ses incertitudes , tandis que la vie s'appuie sur le mariage, la famille, où deuils et naissances s'entremêlent .
De poête, romancier, Hugo évolue vers le théatre , ce qui lui permettra de rencontrer Juliette Drouet. Leurs amours sont célèbres, leur correspondance connue. Mais l'homme ne se contente pas
d'être l'amant, il est celui qui fait vivre et Hugo, durant toute sa vie n'aura de cesse de subvenir aux besoins des uns comme des autres. Pour cela , il travaille comme un
fou. Cette vitalité, cette puissance de travail , on la retrouve dans son oeuvre. Et c'est l'autre très grand mérite du biographe J M Hovasse que de nous permettre d'aborder la genèse
de chacune des oeuvres, en restituant le contexte. Pour ma part, j'ai eu envie de relire chacune des oeuvres citées au fil des chapîtres.
L'homme Hugo est attachant, la carrière est installée, les amours clandestines ne le sont pas tout à fait mais qu'importe, les enfants grandissent . Arrive 1843 où Léopoldine se marie
. Hugo part en voyage avec Juliette . Sur la route , il apprendra la mort de sa fille bien-aimée comme celle de son gendre.Le drame. C'est le dernier livre de ce tome, "La traversée des
apparences" titre qui tient sans doute, de V Woolf laquelle s'est noyée. C'est le moment de l'engagement en politique de Hugo, d'abord conservateur puis peu
à peu , convaincu par l'absolue nécessité républicaine, il combattra pour elle jusqu'à l'exil.
Il est heureux que je n'ai pas eu à attendre la publication du second tome car six ans séparent la parution du premier de celle du second. Hugo arrive à Bruxelles et le
lecteur est haletant... La suite ....
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