Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /Fév /2010 07:32

Dernièrement , un ami m'offrit les deux volumes de la correspondance  familiale de V Hugo parue chez R Laffont dans la collection Bouquins.
Je me rappelais avoir vu, au printemps dernier, sur les gondoles des librairies , deux tomes d'une biographie toute récente, volumes très épais que j'avais feuilletés avec envie, me promettant de les acheter dès que possible.

Le premier tome  "Avant l'exil : 1802 1851 "a paru en 2002, le second "Pendant l'exil 1 : 1851-1864" en 2008 chez Fayard.
A première vue, l'épaisseur de chaque volume peut rebuter mais quand on aime, on ne compte pas, et je ne compte jamais quand il s'agit de lire.
Pour être honnête, ce qui m'a décidé tout à fait à lire cette biographie, c'est la lecture des volumes de  la correspondance familiale. J'ai découvert un jeune garçon pensionnaire quémandant quelque argent pour se vêtir  auprès d'un père peu disposé à entendre raison., une situation familiale conflictuelle que les décisions de justice n'apaisaient pas . Ensuite ce fut le jeune homme amoureux,le frère affligé , l'orphelin vivant de peu, bataillant pour vivre de sa plume, le jeune époux devenu père demandant à son père secours pour la vie de son propre fils , Léopold. Les deuils ne manquaient pas de jalonner ses jeunes années, et j'éprouvais beaucoup de respect pour ce jeune homme qu'il était. Pas de plainte, pas d'apitoiement encore moins d'atermoiement, non, ce jeune homme se battait pour vivre.
Il aimait, travaillait sans relâche, déménageait souvent. Quant  au père qu'il devenait, il me touchait par la tendresse manifeste dans ses lettres. 
Aussi, entamer  le premier tome de la biographie fut plus aisé. J' étais imprégnée de "sa voix", je savais sous quel jour, il se montrait selon ses correspondants, j' appréciais ses tournures pour dire son fait tout en ménageant les codes de la civilité. La vie bouillonnait.
C'est là le premier mérite de la biographie, la vie bouillonne et c'est bien le moins que l'on puisse exiger d'une biographie. Rendre vivant autant l'auteur que son époque. De fait, je me suis retrouvée à Nancy avec le père puis  en Vendée, avec la mère , en pleine tourmente révolutionnaire.
 Les voilà mariés, en 97, parents, en 98. Victor a donc un frère ainé du dix huitième siècle, il s'appelera Abel, puis un deuxième, Eugène né en 1800 , enfin Victor naît à Besançon le 26 février 1802. C'est déjà un foyer sous haute tension que la vie militaire par ses éloignements ne ménage pas. L'enfant est trimbalé avec ses frères jusqu'à Marseille, de là, Victor  a tout juste neuf mois,  la mère les  laisse pour se rendre à Paris défendre la carrière de son mari. Ce sont plusieurs mois d'absence durant lesquels le père est seul avec ses fils . En mars 1803, ils sont à Bastia, la mère toujours sur Paris ,puis à l'ile d'Elbe où finalement , elle les rejoindra avant de retourner , seule avec ses fils, sur Paris.  Autant de péripéties pour la première année de vie, voilà qui augure de la suite. 
Inutile de préciser, j'étais passionnée par la lecture de la biographie dès les premières pages. Dire que je n'ai pas lâché le premier tome, est un euphémisme. Extirper de ma bibliothèque correspondances et mémoires citées à l'appui des chapîtres  ajouta à mon plaisir. Le dix neuvième reprenait vie et l' évocation de ce Paris d'alors, champêtre  plus qu'on ne le sait , traversé de ce fleuve où l'on donnait des leçons de natation et où Victor et ses frères se rendaient a de quoi rendre nostalgique . Le vingtième a passé avec son lot de barbarisme urbain et laideurs immobilières, de saccages écologiques. Le premier volume relate avec beaucoup de sérieux historique, le contexte social où grandissent les enfants Hugo, on y découvre leur enfance tumultueuse , les voyages, les séparations jusqu'aux   décisions juridiques liées à la séparation et à la garde des enfants, leur scolarité, Hugo en maternelle avant trois ans, la vie dans la pension après qu'une décision ait séparé Eugène et Victor de leur mère et que leur père  les tenait éloignés de son nouveau foyer. C'est tout un pan de la situtation faites aux femmes , leur capacité juridique autant qu'économique qu'explicitent les stratégies maternelles. On voit se dessiner l'attachement à Adèle  au fils des ans  que le courroux maternel interrompera  , un temps. Puis , après le décès  prématuré  de la mère qui laisse la fratrie en grand désaroi et dont la gêne pécuniaire ne ramène pas le père à de plus justes sentiments, c'est un Hugo amoureux qui se dévoile à nos yeux.
La carrière s'amorce avec ses exigences pécuniaires, ses incertitudes , tandis que la vie s'appuie sur le mariage, la famille, où deuils et naissances s'entremêlent .
De poête, romancier, Hugo évolue vers le théatre , ce qui lui permettra de rencontrer Juliette Drouet. Leurs amours sont célèbres, leur correspondance connue. Mais l'homme ne se contente pas d'être l'amant, il est celui qui fait vivre et Hugo, durant toute sa vie n'aura de  cesse de subvenir aux besoins des uns comme des autres.  Pour cela , il travaille  comme un fou. Cette vitalité,  cette puissance de travail , on la retrouve dans son oeuvre. Et c'est l'autre très grand mérite du biographe J M Hovasse que de nous permettre d'aborder la genèse de chacune des oeuvres, en restituant le contexte. Pour ma  part, j'ai eu envie de relire chacune des oeuvres citées au fil des chapîtres.
L'homme Hugo est attachant, la carrière est installée, les amours clandestines ne le sont pas tout à fait  mais qu'importe, les enfants grandissent . Arrive 1843 où Léopoldine se marie . Hugo part en voyage avec Juliette . Sur la route , il apprendra la mort de sa fille bien-aimée comme celle de son gendre.Le drame. C'est le dernier livre de ce tome, "La traversée des apparences" titre qui tient  sans doute, de V Woolf  laquelle s'est noyée. C'est le moment de l'engagement en politique de Hugo, d'abord conservateur  puis peu à peu , convaincu par l'absolue nécessité républicaine, il combattra  pour elle  jusqu'à l'exil.  
  Il est heureux que je n'ai pas eu à attendre la publication  du second tome car six ans séparent la parution du premier de celle du second.  Hugo arrive à Bruxelles et le lecteur est haletant... La suite ....

Par cabinetdelecturedunephoceenne.over-blog.com - Publié dans : Lire Victor Hugo
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Commentaires

Quelle plume ! Quelle verve ! Quel enthousiasme ! Voilà un magnifique hommage qui ne peut que donner l'irrésistible envie de se fondre dans ces pages.
Le blog d'une passionnée qui se révèle (mais pouvait-il en être autrement?) passionnant.
Un régal pour les pupilles.
Commentaire n°1 posté par Karine -Koryfée le 26/02/2010 à 16h42

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