Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /Avr /2010 16:14

Voilà un des auteurs incontournables du vingtième siècle dont la postérité a bien du mal à sérier ce qui dans sa réputation  plus que sa renommée tient aux faits  liés à ses prises de position, à son talent car il en a  ,à son époque - vivre et survivre à deux guerres mondiales relève de l'Histoire pour les générations nées après la Libération.

Ce n'est pas en lisant "Voyage au bout de la nuit"  ou "Mort à crédit" que le lecteur est mieux renseigné. Le travail de l'écrivain est là qui taraude la langue, fouaille les syntaxes , bouscule les codes.  On n'aime ou non , là n'est pas la question, il y a suffisamment d'écrivains- donc de livres-  de part le monde pour trouver un livre à sa convenance.

L'écriture interpelle, l'écrivain éveille la curiosité ce qui dans le cas Célinien amène tôt ou tard à prendre connaissance  de ses  prises de positions politiques indéfendables. Mais , au final , qu'est-ce qui  ressortait du reél  ou du  rajouté, je n'en savais pas plus que cela. Céllne ne m'a pas tant intéressé qui déclencha chez moi, l'impérieux besoin de lire une biographie, - d'ailleurs laquelle? - d'autant que régulièrement des articles lui étant consacrés, je ne doutais  plus des passions et autres subjectivités en jeu . En bref, je me méfiais mais la présente édition présente une liste d'ouvrages de référence.

 Le cas  Céline a ceci de  particulier que le bonhomme a de surcroît la réputation de l'énergumène atrabilaire, grossier et excellemment s'il vous plaît. Quitte à l'être ...

Aussi, ce volume de lettres choisies , sélectionnées , préfacées a paru satisfaire les items de  ma curiosité. Je voulais entendre l'homme et l'écrivain, c'est fait . Savoir un peu mieux ce qu'on lui reprochait, dans la préface c'est dit - les textes pamphlets sont interdits de publication et les lettres trop virulentes ont été écartées. Je doute  toujours et par ailleurs de la pertinence de cette censure portant sur les écrits de ces années-là bien que je reconnaisse qu'il n'est pas souhaitable de porter à l'attention publique ce qui, en son temps, a  permis et justifié tant d'horreurs. C'est juste qu'en moi sommeille une âme d'historienne qui aime bien vérifier , les faits sont têtus.

Donc j'ai lu ses lettres  d'adolescent en  Allemagne, l'hiver, racontant les courses en traîneaux, en Angleterre se plaignant des repas et de me dire "Déjà! les séjours linguisitques!". Elles ne sont ni mieux ni  moins bien écrites que celles d'un jeune garçon , elles sont banales...

L'engagement dans l'armée , en 1912, il a 18 ans  est une période qui permet de lire les courriers de certains de ces correspondants, c'est un jeune homme qui se cherche, qui semble avoir des difficultés à savoir ce qu'il veut  Rien de plus normal que les hésitations propres à cet âge.

Non , c'est 1914, qui fait la différence, cette guerre dont le centenaire entraînera sans nul doute,  moult productions et quelques rééditions attendues, c'est ce sacrifice imposé à toute une génération décimée dans les tranchées , cette boucherie inutile  qui marque définitivement le jeune vingtenaire. Blessé, il l'est, rapidement, gravement, suffisamment pour rester mutilé et ne pas pouvoir retourner au front. mais que faire quand tous ses coreligionnaires sont sous les drapeaux et qu'il n'y a qu'un seul avenir, qu'une seule direction :  La guerre, partout, qui happe tout.  Après sa  convalescence, séjour à Londres, mariage non enregistré.. Il part, en Afrique, s'isole quelques mois . L'homme va mal qui fuit les autres. On parla  plus tard de névrose de guerres , aujourd'hui on sait diagnostiquer les troubles des militaires qui reviennent de l'enfer mais, là, qui savait.

Quelques-unes  de ces lettres sont poignantes de vérité : il se sait incapable de se réadapter dans une société qui reprendra, une fois les combats terminés, les mêmes hiérarchies sociales , les mêmes civiltés devenues, à ses yeux surrannées, désuètes mais surtout ineptes  à force d'absurdité.  

Et puis, 1918, engagé comme conférencier , il voyage ,  fait connaissance de sa première femme officielle, reprend ses études, passe son bac , se marie, entame sa médecine, a une fille, devient médecin 1924, se sépare. Il a tout juste 28 ans et combien de vies déjà.. Les lettres jusqu'à cette époque ne traduisent aucune activité littéraire. Cela interviendra plus tard, .après le divorce , la rencontre avec E G...

Et la virulence repointe son nez, nous l'avions déjà entrevue dans ses courriers d'Afrique, la vie conjugale semblait l'avoir rassuré mais non, c'est juste une pause, ce qui restait en latence oeuvrait Le bon côté, c'est l'écriture de" Voyage au bout de la nuit" alors qu'il travaille dans un dispensaire médical.

Durant ses années d'entre deux guerres, la parution de " Voyage"  rencontre un vrai succès. Céline n'est pas l'homme des cercles littéraires. N'étant pas issu de milieux bourgeois, il ne dispose pas d'un réseau qui l'appuierait , Gallimard ne l'a pas publié, c'est Denoël . Ce succès dérange mais , "grâce au ciel," le Goncourt lui échappe; les apparences sont sauves pour l'intelligentsia d'alors, le microcosme parisien a  soutenu son poulain, politiquement correct. Céline sera aussi lucide qu'excédé , non pas pour le prix en lui -même mais pour la reconnaissance que ses pairs lui refusent. C'est un camouflet à son talent, du moins le ressent-il comme tel et l'écoeurement perce ... il le savait , il le sentait , mais c'est encore un choc. Le voilà qui entretient avec son éditeur une correspondance où la suspicion sur les droits d'auteur déchaîne ses invectives.

Oui, les périodes se succéderont  quand la suspicion restera toujours plus ancrée. Rien ni personne  n'échappera à cette logique. Je n'évoquerai pas ses engagements, ses prises de postiion, leurs conséquences, Céline , dans ses courriers, s'en explique à sa manière; ses années  d'exil au Danemark  , son procès comme son  jugement, n'amoindriront pas ses capacités aux polémiques. Pour ma part, celle  qui l'oppose avec l'agité du bocal ( ce qu'il dit du talent qu'on lui prête! ) reste la plus intéressante en ce qu'elle énonce quelques paradoxes d'une époque bien troublée.

Au terme de ce volume , Céline , l'homme a gagné en complexité ce que l'empathie ne saurait lui accorder. Reste que Céline est un grand écrivain, et cela, on ne saurait l'oublier.

Par cabinetdelecturedunephoceenne.over-blog.com
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