Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 17:51

Depuis  juin 2008, une navette fluviale dessert la zone comprise entre  Maisons-Alfort (Val de Marne ) et la gare d' Austerlitz (Paris)

Ce moyen de transport , promis de longue date aux habitants de cette banlieue si mal desservie par les bus (zone 3), ne disposant que d'une ligne de métro très lente (Zone 2), très longue, soumise aux caprices des gréves dures qui la paralysent, offre enfin une alternative, pour des franciliens,  tant en terme de qualité de vie que de  transport propre.

 

La navette était  en juin  2008,  accessible depuis Maisons -Alfort avec un passe navigo zone 3 . Compte-tenu des salaires en vigueur , cela découragea un bon nombre de passagers potentiels.

Les usagers ne cessèrent d'intervenir auprès du personnel par le biais des enquêtes de satisfactions, par le cahier de réclamation mis en place par la société d'exploitation -merci à elle de considérer un passager comme une personne à respecter-  pour réclamer le passage en zone 2

 Cela fut acquis dès juin 2009 ainsi qu'une fréquence accrue des navettes ,l'écart étant porté à 15mns au lieu des 20mns pendant les heures dites "pleines"

 

 

Les usagers furent surpris dès l'abord, par le choix délibéré d'éviter à tout prix de rentrer dans Paris.

Combien n'avons -nous pas été ébahis de comprendre in fine  que le centre de Paris  était strictement réservé aux bateaux pour touristes et que peu importait la qualité des transports parisiens pour les franciliens pourvu que le touriste ait le nez au vent.

Le Stif a reconduit en décembre, le marché.

 En janvier, un préfet (?!) ayant l'autorité administrative  argue de dispositions juridiques  pour rendre caduc ce contrat

Vive les marchés publics, les appels d'offres révisés en période pré-électorale....

 

Et peu importe la sécheresse, l'arrogance, le déni démocratique avec lesquels on tente de nous interdire et de le penser et de le dire .....Au final, les contribuables sont soumis à toutes les contributions..;

On ne peut qu'applaudir à la diligence zélée d'un haut fonctionnaire pour respecter ces lois qui  excluent les autochtones d'accès à une navette fluviale pour aller travailler .

 En fait, il semblerait que Voguéo doive cesser d'exister par nécessité de contenter certains personnages, furieux que des franciliens, ce tiers-état salarial qu'abomine la noblesse d'état , les hoberaux de la haute  fonction publique, les bobos des castes politico-médiatiques , ne soient pas soumis au même régime d'indignité urbaine que leurs coreligionnaires entassés dans les transports gérés par la RATP ou la SNCF,

 

Aucun préfet de police n'a  jamais  envisagé de tancer ces deux institutions sur les règles de respect minimun, d'hygiène, d'espace vital nécessaire aux usagers franciliens, pas plus qu'aucun  préfet n'a vérifié, à  notre connaissance, dans quelles conditions, les usagers étaient, durant les travaux estivaux, soumis  au remplissage, à l'entassement  dans les navettes de substitution mises à,la disposition des passagers par la RATP. Il n'y a pas loin de penser lorsque l'on se trouve rabroué, bousculé voire plus par le personnel RATP durant ces travaux  que nous sommes loin de la citoyenneté du pays des droits de l'homme mais dans une inféodation volontairement dégradantde d'une société totalement clivée.

 

Une pétition circule. Pour info , la ligne 8 sera interrompue tout l'été. Pour tous ceux qui ont été exposés l'an passé à cette dure épreuve qui cumule  les bus-navettes et le temps perdu ( combien d'heures de plus dans des conditions indignes), la navette offrait un moment de soulagement..

 

Mais le Préfet a sans doute une voiture de fonction, un chauffeur à disposition et des motards qui lui ouvrent les voies de circulation... Nous ne sommes pas du même monde...

 

 

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Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 10:07

S'il  y a bien une écrivaine que je classe parmi celles qui ont le plus de délicatesse , de finesse et de maîtrise dans leur art, c'est bien Jane Austen. Je ne me lasse ni de la lire ni de la relire.

Certes , je me contente des traductions, ma méconnaissance de la langue anglaise ne me permettant pas de lire en VO. Je suis et reste une monolinguiste  obstinée de sédentarité qui ne cesse de s'échiner sur sa langue maternelle.

Dernièrement, je reçus le premier volume des oeuvres romanesques de Jane Austen en Pléiade. Me voilà transportée d'allégresse, fin dix-huitième  siècle dans la middle class anglaise, certaine de croiser des clergymen drolatiques, des veuves aigries- allez pour qui a lu Austen combien de douairières acrimonieuses par roman? - des jeunes filles à marier et autant de marieuses , certaine aussi, entre deux bals, de flâner au sein de paysages champêtres, - Ah! la campagne anglaise ; Ah! les propriétaires et "l'enclosure "-

Pendant  ce temps, en France , Révolution et guerres pour se défendre.

Donc, tout est bien calme dans ces campagnes , loin des égarements de la Terreur française, bien loin aussi des troubles de la Révolution anglaise et de ses guerres de religion. Si je soulève juste le coin des guerres de religion - passer du catholicisme à l'anglicanisme a déchiré - voire ensanglanté la population civile au dix septième siècle - c'est que l'une de leurs conséquences a été la destruction en règle des édifices conventuels appartenant à l'église catholique tout comme en France, au nom de la Terreur et moins de la Révolution des couvents et autres abbayes ont été mis à sac avant d'être démolis. Les ruines ont fait l'objet d'autant de nostalgie que de regret sur les pertes irréparables d'édifices réputés pour leur architecture.

Revenons à J Austen et plus particulèrement à ce roman dont la première partie se déroule principalement à Bath, ville thermale du sud-ouest de l'Angleterre, la seconde à l'Abbaye.

Nous découvrons une jeune fille ,  Catherine Morland, fille d'un clergyman , quatrième d'une fratrie de dix enfants ,âgée de dix sept ans lectrice assidue de romans fantastiques. Rêveuse et naïve, voilà qui la qualifierait à prime abord. Un couple de propriétaires terriens dont la femme s'est prise d'amitié pour Catherine,  propose de l'emmener à Bath où il séjourneront plusieurs semaines afin que le mari suive une cure. C'est là que débute le roman. Je ne me satisferais pas de vous narrer birèvement la trame, le préfacier remplit ce rôle mieux que je ne saurais le faire moi-même et avec quel brio, non ce qui me satisferait vraiment , c'est que vous vous plongiez dans ce roman dit de jeunesse et que vous soyez attentif à la mise en  place de l'intrigue, à cet emboîtement subtil qui présente les uns après les autres, chacun des protagonistes lesquels interviennent dans des scènes remarquablement maîtrisées sous des dehors de légereté, de facilité. Il ya dans la construction une rigueur  qui permet à l'auteur de décliner toutes les variations de son thème romanesque avec une grâce, une fermeté , une sûreté que je ne qualifierai pas "de jeunesse" .

C'est du bel ouvrage, de la belle littérature, de la grande littérature. A lire et relire en goûtant toujours plus cette délicatesse langagière  exprimant  plus de respect et de courtoisie pour le lecteur que d'affectation désuète propre au dix huitième siècle  bien loin de nous , lecteurs du 21 ème , nous qui sommes , désormais , accablés par la mode  du roman des  grossieretés  et vulgarités contemporaines, ces obscénités ordinaires.

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Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /Avr /2010 16:14

Voilà un des auteurs incontournables du vingtième siècle dont la postérité a bien du mal à sérier ce qui dans sa réputation  plus que sa renommée tient aux faits  liés à ses prises de position, à son talent car il en a  ,à son époque - vivre et survivre à deux guerres mondiales relève de l'Histoire pour les générations nées après la Libération.

Ce n'est pas en lisant "Voyage au bout de la nuit"  ou "Mort à crédit" que le lecteur est mieux renseigné. Le travail de l'écrivain est là qui taraude la langue, fouaille les syntaxes , bouscule les codes.  On n'aime ou non , là n'est pas la question, il y a suffisamment d'écrivains- donc de livres-  de part le monde pour trouver un livre à sa convenance.

L'écriture interpelle, l'écrivain éveille la curiosité ce qui dans le cas Célinien amène tôt ou tard à prendre connaissance  de ses  prises de positions politiques indéfendables. Mais , au final , qu'est-ce qui  ressortait du reél  ou du  rajouté, je n'en savais pas plus que cela. Céllne ne m'a pas tant intéressé qui déclencha chez moi, l'impérieux besoin de lire une biographie, - d'ailleurs laquelle? - d'autant que régulièrement des articles lui étant consacrés, je ne doutais  plus des passions et autres subjectivités en jeu . En bref, je me méfiais mais la présente édition présente une liste d'ouvrages de référence.

 Le cas  Céline a ceci de  particulier que le bonhomme a de surcroît la réputation de l'énergumène atrabilaire, grossier et excellemment s'il vous plaît. Quitte à l'être ...

Aussi, ce volume de lettres choisies , sélectionnées , préfacées a paru satisfaire les items de  ma curiosité. Je voulais entendre l'homme et l'écrivain, c'est fait . Savoir un peu mieux ce qu'on lui reprochait, dans la préface c'est dit - les textes pamphlets sont interdits de publication et les lettres trop virulentes ont été écartées. Je doute  toujours et par ailleurs de la pertinence de cette censure portant sur les écrits de ces années-là bien que je reconnaisse qu'il n'est pas souhaitable de porter à l'attention publique ce qui, en son temps, a  permis et justifié tant d'horreurs. C'est juste qu'en moi sommeille une âme d'historienne qui aime bien vérifier , les faits sont têtus.

Donc j'ai lu ses lettres  d'adolescent en  Allemagne, l'hiver, racontant les courses en traîneaux, en Angleterre se plaignant des repas et de me dire "Déjà! les séjours linguisitques!". Elles ne sont ni mieux ni  moins bien écrites que celles d'un jeune garçon , elles sont banales...

L'engagement dans l'armée , en 1912, il a 18 ans  est une période qui permet de lire les courriers de certains de ces correspondants, c'est un jeune homme qui se cherche, qui semble avoir des difficultés à savoir ce qu'il veut  Rien de plus normal que les hésitations propres à cet âge.

Non , c'est 1914, qui fait la différence, cette guerre dont le centenaire entraînera sans nul doute,  moult productions et quelques rééditions attendues, c'est ce sacrifice imposé à toute une génération décimée dans les tranchées , cette boucherie inutile  qui marque définitivement le jeune vingtenaire. Blessé, il l'est, rapidement, gravement, suffisamment pour rester mutilé et ne pas pouvoir retourner au front. mais que faire quand tous ses coreligionnaires sont sous les drapeaux et qu'il n'y a qu'un seul avenir, qu'une seule direction :  La guerre, partout, qui happe tout.  Après sa  convalescence, séjour à Londres, mariage non enregistré.. Il part, en Afrique, s'isole quelques mois . L'homme va mal qui fuit les autres. On parla  plus tard de névrose de guerres , aujourd'hui on sait diagnostiquer les troubles des militaires qui reviennent de l'enfer mais, là, qui savait.

Quelques-unes  de ces lettres sont poignantes de vérité : il se sait incapable de se réadapter dans une société qui reprendra, une fois les combats terminés, les mêmes hiérarchies sociales , les mêmes civiltés devenues, à ses yeux surrannées, désuètes mais surtout ineptes  à force d'absurdité.  

Et puis, 1918, engagé comme conférencier , il voyage ,  fait connaissance de sa première femme officielle, reprend ses études, passe son bac , se marie, entame sa médecine, a une fille, devient médecin 1924, se sépare. Il a tout juste 28 ans et combien de vies déjà.. Les lettres jusqu'à cette époque ne traduisent aucune activité littéraire. Cela interviendra plus tard, .après le divorce , la rencontre avec E G...

Et la virulence repointe son nez, nous l'avions déjà entrevue dans ses courriers d'Afrique, la vie conjugale semblait l'avoir rassuré mais non, c'est juste une pause, ce qui restait en latence oeuvrait Le bon côté, c'est l'écriture de" Voyage au bout de la nuit" alors qu'il travaille dans un dispensaire médical.

Durant ses années d'entre deux guerres, la parution de " Voyage"  rencontre un vrai succès. Céline n'est pas l'homme des cercles littéraires. N'étant pas issu de milieux bourgeois, il ne dispose pas d'un réseau qui l'appuierait , Gallimard ne l'a pas publié, c'est Denoël . Ce succès dérange mais , "grâce au ciel," le Goncourt lui échappe; les apparences sont sauves pour l'intelligentsia d'alors, le microcosme parisien a  soutenu son poulain, politiquement correct. Céline sera aussi lucide qu'excédé , non pas pour le prix en lui -même mais pour la reconnaissance que ses pairs lui refusent. C'est un camouflet à son talent, du moins le ressent-il comme tel et l'écoeurement perce ... il le savait , il le sentait , mais c'est encore un choc. Le voilà qui entretient avec son éditeur une correspondance où la suspicion sur les droits d'auteur déchaîne ses invectives.

Oui, les périodes se succéderont  quand la suspicion restera toujours plus ancrée. Rien ni personne  n'échappera à cette logique. Je n'évoquerai pas ses engagements, ses prises de postiion, leurs conséquences, Céline , dans ses courriers, s'en explique à sa manière; ses années  d'exil au Danemark  , son procès comme son  jugement, n'amoindriront pas ses capacités aux polémiques. Pour ma part, celle  qui l'oppose avec l'agité du bocal ( ce qu'il dit du talent qu'on lui prête! ) reste la plus intéressante en ce qu'elle énonce quelques paradoxes d'une époque bien troublée.

Au terme de ce volume , Céline , l'homme a gagné en complexité ce que l'empathie ne saurait lui accorder. Reste que Céline est un grand écrivain, et cela, on ne saurait l'oublier.

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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 09:25

S'il m'avait fallu patienter six ans avant de pouvoir entamer le second volume de cette biographie, nul doute que j'aurais fumliné d'être plantée-là, avec un Victor Hugo s'enfuyant en train, sauvant ses manuscrits, laissant femme et fille exposées à la vindicte  possible de Nabot et de ses affidés, tournant le dos à un confort acquis alors que ses deux fils emprisonnés croupissaient à la Conciergerie, exempts de blâmes pour avoir participer peu ou prou, officiellement à ces affrontements civils de décembre 1851, puisqu'ils étaient déjà condamnés du fait de leur prise de position, l'un contre la peine de mort, l'autre pour le droit d'asile.
C'est donc avec plaisir que j'entamais le second volume 1851- 1864 " Pendant l'exil I". La Belgique devient  le refuge sinon terre d'asile pour les opposants du régime, du moins dans un premier temps.  Victor Hugo a de faux papiers. Dans certaines circonstances, un homme honnête contourne la loi. En l'occurence, il s'agissait de sauver sa tête, ce qui fut fait. Les autorités lui délivrent un faux permis de circulation, les élites restent les élites, l'entraide une civilité circonstancielle, et ne cachons pas que la tolérance faite à l'écrivain reste l'exception, les gens du peuple connurent des conditions d'auant plus précaires qu'ils  étaient sans capital pour investir, sans rentes pour vivre et sans papiers pour pouvoir travailler. Hugo que la dureté de ses conditions dans les débuts de sa vie avait amené à être prudent dans la gestion de l'argent , s'était constitué des rentes hors du contrôle des autorités françaises. Cette prudence lui permettait d'envisager sereinement ses nouvelles conditions de vie. Je l'ai déjà dit, Hugo avait l'habitude de vivre simplement, il lui fallait de quoi écrire, où se loger, s'acquitter des charges qui lui incombaient mais ses plaisisrs n'étaient pas onéreux. Là, à Bruxelles, il s'organisa, installant Juliette , attendant ses fils, sa femme , sa fille . Il fut très vite entouré d'exilés qui lui contèrent dans le détail leur participation aux barricades, leur implication dans le combat contre N , leur fuite et leurs nouvelles conditions d'existence. Victor Hugo n'eut de cesse de collecter ces témoignages qui constitueront le fil d' "Histoire d'un crime" ( chez Laffont Victor Hugo Oeuvres complètes volume Histoire )
Ces quelques chapitres sur la vie bruxelloise sont haletants et je le répète, le biographe ne cesse de raviver l'intérêt pour les oeuvres d'Hugo à tel point que j'ai acheté le volume Histoire ( coll Bouquins) où j'ai pu prendre connaissance de  ce livre " Histoire d'un crime " tout en découvrant avec étonnement les évènements traversés par Hugo et ses contemporains.
Malgré les retrouvailles avec Dumas ( exilé pour faillite), les aléas de la politique  amènent Hugo à partir pour Jersey l'installation à Marine-Terrace réunit peu à peu la famille, Juliette emménage pas très loin. 
L'ile offre une pause salutaire à l'écrivain, il travaille sans relâche, aide les exilés, s'accomode au mieux de cet exil qui perdure. Ce sont encore des chapitres passionnants mais dois-je insister. Toute l'oeuvre en gestation y est présente , l'envie de plonger dans les Châtiments succède à celle de lire N le petit , précède celle de plonger dans les "Actes et paroles " (Coll Bouquins volume Politique) -à lire  et à relire , Les Contemplations... Et de nouveau l'expulsion, l'arrivée à Guernesey, l'installation de Hauteville House, la famille qui s'éparpille, les oeuvres qui se succèdent et tout à coup, au moment où Hugo aborde les "Travailleurs de la mer" , le second tome s'achève .
Au final, en lisant ces deux volumes, je me suis convaincue d'avoir mal lu et pire encore d'avoir méconnu Hugo.  J'ai donc replongé dans la lecture de ses poésies - (Que dire des "Pauvres gens" dans la  Légende de siècles"), de ses romans, des Choses vues que j'ai relues avec attention,de m'être absorbée dans "Histoire d'un crime". Me voilà mieux avertie du 2 décembre 1851 . Le seul tort de JM Hovasse est donc de nous faire patienter quand sa première vertu est de nous inciter à lire et relire Hugo.  

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Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /Fév /2010 07:32

Dernièrement , un ami m'offrit les deux volumes de la correspondance  familiale de V Hugo parue chez R Laffont dans la collection Bouquins.
Je me rappelais avoir vu, au printemps dernier, sur les gondoles des librairies , deux tomes d'une biographie toute récente, volumes très épais que j'avais feuilletés avec envie, me promettant de les acheter dès que possible.

Le premier tome  "Avant l'exil : 1802 1851 "a paru en 2002, le second "Pendant l'exil 1 : 1851-1864" en 2008 chez Fayard.
A première vue, l'épaisseur de chaque volume peut rebuter mais quand on aime, on ne compte pas, et je ne compte jamais quand il s'agit de lire.
Pour être honnête, ce qui m'a décidé tout à fait à lire cette biographie, c'est la lecture des volumes de  la correspondance familiale. J'ai découvert un jeune garçon pensionnaire quémandant quelque argent pour se vêtir  auprès d'un père peu disposé à entendre raison., une situation familiale conflictuelle que les décisions de justice n'apaisaient pas . Ensuite ce fut le jeune homme amoureux,le frère affligé , l'orphelin vivant de peu, bataillant pour vivre de sa plume, le jeune époux devenu père demandant à son père secours pour la vie de son propre fils , Léopold. Les deuils ne manquaient pas de jalonner ses jeunes années, et j'éprouvais beaucoup de respect pour ce jeune homme qu'il était. Pas de plainte, pas d'apitoiement encore moins d'atermoiement, non, ce jeune homme se battait pour vivre.
Il aimait, travaillait sans relâche, déménageait souvent. Quant  au père qu'il devenait, il me touchait par la tendresse manifeste dans ses lettres. 
Aussi, entamer  le premier tome de la biographie fut plus aisé. J' étais imprégnée de "sa voix", je savais sous quel jour, il se montrait selon ses correspondants, j' appréciais ses tournures pour dire son fait tout en ménageant les codes de la civilité. La vie bouillonnait.
C'est là le premier mérite de la biographie, la vie bouillonne et c'est bien le moins que l'on puisse exiger d'une biographie. Rendre vivant autant l'auteur que son époque. De fait, je me suis retrouvée à Nancy avec le père puis  en Vendée, avec la mère , en pleine tourmente révolutionnaire.
 Les voilà mariés, en 97, parents, en 98. Victor a donc un frère ainé du dix huitième siècle, il s'appelera Abel, puis un deuxième, Eugène né en 1800 , enfin Victor naît à Besançon le 26 février 1802. C'est déjà un foyer sous haute tension que la vie militaire par ses éloignements ne ménage pas. L'enfant est trimbalé avec ses frères jusqu'à Marseille, de là, Victor  a tout juste neuf mois,  la mère les  laisse pour se rendre à Paris défendre la carrière de son mari. Ce sont plusieurs mois d'absence durant lesquels le père est seul avec ses fils . En mars 1803, ils sont à Bastia, la mère toujours sur Paris ,puis à l'ile d'Elbe où finalement , elle les rejoindra avant de retourner , seule avec ses fils, sur Paris.  Autant de péripéties pour la première année de vie, voilà qui augure de la suite. 
Inutile de préciser, j'étais passionnée par la lecture de la biographie dès les premières pages. Dire que je n'ai pas lâché le premier tome, est un euphémisme. Extirper de ma bibliothèque correspondances et mémoires citées à l'appui des chapîtres  ajouta à mon plaisir. Le dix neuvième reprenait vie et l' évocation de ce Paris d'alors, champêtre  plus qu'on ne le sait , traversé de ce fleuve où l'on donnait des leçons de natation et où Victor et ses frères se rendaient a de quoi rendre nostalgique . Le vingtième a passé avec son lot de barbarisme urbain et laideurs immobilières, de saccages écologiques. Le premier volume relate avec beaucoup de sérieux historique, le contexte social où grandissent les enfants Hugo, on y découvre leur enfance tumultueuse , les voyages, les séparations jusqu'aux   décisions juridiques liées à la séparation et à la garde des enfants, leur scolarité, Hugo en maternelle avant trois ans, la vie dans la pension après qu'une décision ait séparé Eugène et Victor de leur mère et que leur père  les tenait éloignés de son nouveau foyer. C'est tout un pan de la situtation faites aux femmes , leur capacité juridique autant qu'économique qu'explicitent les stratégies maternelles. On voit se dessiner l'attachement à Adèle  au fils des ans  que le courroux maternel interrompera  , un temps. Puis , après le décès  prématuré  de la mère qui laisse la fratrie en grand désaroi et dont la gêne pécuniaire ne ramène pas le père à de plus justes sentiments, c'est un Hugo amoureux qui se dévoile à nos yeux.
La carrière s'amorce avec ses exigences pécuniaires, ses incertitudes , tandis que la vie s'appuie sur le mariage, la famille, où deuils et naissances s'entremêlent .
De poête, romancier, Hugo évolue vers le théatre , ce qui lui permettra de rencontrer Juliette Drouet. Leurs amours sont célèbres, leur correspondance connue. Mais l'homme ne se contente pas d'être l'amant, il est celui qui fait vivre et Hugo, durant toute sa vie n'aura de  cesse de subvenir aux besoins des uns comme des autres.  Pour cela , il travaille  comme un fou. Cette vitalité,  cette puissance de travail , on la retrouve dans son oeuvre. Et c'est l'autre très grand mérite du biographe J M Hovasse que de nous permettre d'aborder la genèse de chacune des oeuvres, en restituant le contexte. Pour ma  part, j'ai eu envie de relire chacune des oeuvres citées au fil des chapîtres.
L'homme Hugo est attachant, la carrière est installée, les amours clandestines ne le sont pas tout à fait  mais qu'importe, les enfants grandissent . Arrive 1843 où Léopoldine se marie . Hugo part en voyage avec Juliette . Sur la route , il apprendra la mort de sa fille bien-aimée comme celle de son gendre.Le drame. C'est le dernier livre de ce tome, "La traversée des apparences" titre qui tient  sans doute, de V Woolf  laquelle s'est noyée. C'est le moment de l'engagement en politique de Hugo, d'abord conservateur  puis peu à peu , convaincu par l'absolue nécessité républicaine, il combattra  pour elle  jusqu'à l'exil.  
  Il est heureux que je n'ai pas eu à attendre la publication  du second tome car six ans séparent la parution du premier de celle du second.  Hugo arrive à Bruxelles et le lecteur est haletant... La suite ....

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